Frankia
Pour ma première critique, j'ai eu envie de piquer un livre au hasard dans ma pile de nouveautés, et le doigt de la providence (enfin, en tout cas le mien) s'est finalement posé sur Frankia des éditions Mnémos, dont l'auteur (un certain Jean Luc Marcastel) m'était jusqu'alors parfaitement inconnu.
La 4e de couverture m'inspire un léger à priori: « C’est le livre d’une France décalée pendant la seconde guerre de 1940 où se mêlent magie, imaginaire, fiction et technologie avec ses tracteurs à vapeur actionnés par des élémentaires de feu. Les arachnopanzers et macanovouivres déchaînent leur fureur mécanique, les protocoles technomanciens altèrent la réalité. Les orcs, colonisés et exploités se sont battus aux côtés des frankiens pendant la première guerre mondiale et sont persécutés par les teutoniens et leurs maîtres. C’est dans ce contexte que Loreïn, un jeune frankien élevé par un orc, en zone libre, va recueillir une jeune femme elfe poursuivie par la milice et se retrouver au coeur du conflit qui embrase europa. »
Les premiers doutes m'assaillent déjà. Prenez un bon morceau d'histoire AOC bien saignant, badigeonnez le d'une sauce fantasy aigre-douce, et faites chauffer le tout dans une cocotte Steampunk thermostat 7... D'un autre coté, j'ai décidé de faire la critique d'un livre et pas celle d'une 4e de couv' (et puis je trouve ça surfait les aprioris), alors je me lance.
Et grand bien m'en a prit ! Première révélation : l'auteur est français. Non, je ne suis pas particulièrement chauvin. C'est juste que je me rends compte à quel point il est agréable de lire un texte qui n'a pas subi les altérations d'une traduction (aussi fidèle soit-elle; il est des limites que le traducteur, contrairement à l'auteur, ne pourra jamais dépasser). Surtout quand on se trouve face à ce genre de plume là. L’écriture de Jean Luc Marcastel est un régal de finesse et de savoir-faire, à la fois efficace et raffinée. Il nous cisèle des personnages profondément humains, enracinés dans un décor à la poésie rugueuse. Car le décor, c'est celui d'une campagne française (frankaise ?) qui grince des dents au lendemain de la défaite. Le livre nous plonge ainsi dans un fleuve d'émotions confinées, frustré de ne pouvoir sortir de son lit. Rage, impuissance, soumission, désir de vengeance, peur, désillusion, résistance, résignation... Le réel, si déformé et fantaisiste soit-il, nous est renvoyé en pleine figure. Symbolique, mais dérangeant.
Car Frankia, c'est l'histoire avec un grand « I » comme imaginaire. Loin d'être la solution de facilité d'un cerveau en manque d’idée, faire transfigurer l'Histoire (la vraie) par l'imaginaire est un moyen de relater cette période avec sans doute plus de liberté et, paradoxalement, plus de sincérité. Du moins au niveau de l'émotion. On est rapidement pris en haleine par l’aventure de ces trois jeunes fugitifs dont le destin scellera vraisemblablement celui de l’humanité. On prend plaisir à voir se dessiner un début d’épopée sur fond noir, et à suivre la naissance d’une histoire d’amour à la fois si naïve et si pleine d’authenticité.
Bref, vivement le tome 2 !
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